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Affichage des articles du juin, 2014

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Phare intérieur étant à l’origine un texte écrit pour être lu face à un public, quoi de plus normal que de voir Thierry Moral se prêter au jeu de la lecture-spectacle.

Pour lire le compte rendu et voir plus de photos, rendez-vous ici, sur le blog de Tmor

Ni oui Nizon

La maison d'édition associative Vagamundo organise son deuxième Salon du livre cosmopolite à Nizon, les 5 et 6 juillet, à la Longère de Nizon.Soirée lecture & exposition
Création chorégraphique de et avec Cecilia Ferrariosur un texte de Renato Costa
dimanche 6 juillet 2014 à 20 h 30
au Bazar Maniac à Nizon
Une très sympathique et conviviale manifestation avec des auteurs et des éditeurs triés sur le volet. Pas d'éditions Lunatique directement, juste l'essentiel : les livres, sous la houlette du Manchot Épaulard diffusion.

«  Rien ne peut plus se passer. Sauf si je le décide. »

« J’emménage le jour suivant. Il y a du vent. C’est vite fait. Peu d’affaires à emporter, juste mon musée des objets intérieurs, accompagné du stricte nécessaire. Mon rêve se réalise. Un chez-moi pour moi seul. Payé pour y rester. J’ai quelques consignes pour le travail, faciles. J’ai des souplesses pour pouvoir sortir, mais j’évite le plus possible. Je reste là, entouré de mes objets intérieurs, devant le flots de vagues stupides, ce mur de son incessant, cet immense vacarme naturel. J’y suis enfin.À l’intérieur, je n’attends rien. Rien ne peut plus se passer. Sauf si je le décide. Mais ce n’est pas le cas. Alors rien. Longtemps, il ne se passe rien.  »
pp. 20/21
Découvrez ici d'autres extraits dePhare intérieur, de Thierry Moral.

«  elle a déjà accouché et elle connaît une quantité de femmes qui ont accouché »

« elle te l’avait bien dit ta collègue, tu t’entends bien avec elle, elle a déjà accouché et elle connaît une quantité de femmes qui ont accouché, elle te raconte tout, t’aimes bien, tu peux te confier à elle, lui poser un tas de questions que tu n’oses pas poser à ta famille ou à tes connaissances, tes amis tu dis, elle te répond sans tabou et, même quand elle te raconte des histoires sordides sur l’accouchement d’unetelle, elle positive toujours, en soulignant bien que les couples qui ont dû affronter ces épreuves difficiles en sont ressortis plus forts et plus complices que jamais, mais elle te rassure, tout va bien se passer pour toi, y a pas de raison que ça se passe mal, tu vis bien ta grossesse elle te dit, et puis faut relativiser, regarde les bébés congelés ou au soleil dans la voiture, t’as entendu parler de ces histoires elle te demande, bon bah ça prouve bien que la vie est un combat de tous les jours, qu’il faut pas croire que t’as fait le plus dur en accouchant, l’import…

« Il était une mécanique déglinguée, désassemblée. On n’avait pas su l’accorder. »

« Le désir de devenir poisson l’effleura. Il l’avait déjà expérimenté en nageant, sans en tirer aucun profit. Mais ici le manque d’eau rendait plus tangible la rugosité de ses écailles et la viscosité de son ventre. Ses hanches, ses cuisses, son sexe glissaient sous ses doigts. Il avait perdu la représentation de ce que pouvaient constituer ensemble une tête, un tronc et quatre membres. Il était une mécanique déglinguée, désassemblée. On n’avait pas su l’accorder. On n’avait pas su le langer. On n’avait pas su le choyer, le bercer, le protéger du chaud et du froid, des lumières aveuglantes et des cris, des coups. Il se retrouvait tout gluant de sang, coulant de glaires et de pisse. Il avait encore dû chier sous lui. L’eau ne le lavait plus. Elle se contentait d’huiler les rouages en anesthésiant la douleur. Soudain, elle cessa de se répandre et il sentit le froid. »pp. 26/27
Découvrez ici d'autres extraits de Bref Séjour chez les morts, de Raymond Penblanc.

«  Et ça pourrait durer éternellement... »

« La foule est devenue compacte, et c’est elle qui va répondre à sa place, les pressant l’un contre l’autre, elle devant, lui derrière. Il a le temps de sentir la courbure de ses hanches, la rondeur de ses fesses, le temps d’écraser ses seins que par un geste volontairement maladroit il est allé chercher en la ramenant brutalement contre lui. Il va pouvoir emporter tout ça, il va pouvoir l’inscrire durablement dans ses doigts, dans son ventre et entre ses cuisses, et c’est cuirassé de ce qui n’est déjà plus le corps de Sarah mais de ce qu’il vient de lui dérober qu’il continue d’avancer, de la piloter, de la pousser devant lui. Et ça pourrait durer éternellement, ils pourraient traverser à l’infini cette marée humaine si une serre crochue ne venait s’abattre sur son épaule. »pp. 18/19
Découvrez ici d'autres extraits d'Œil-de-lynx, de Raymond Penblanc.

«  l’espoir d’avoir un bureau pour moi tout seul, avec une porte et une clef »

« À dix huit ans, mon placard, c’est une chambre de neuf mètres carrés en résidence universitaire. C’est bien. Petit mais bruyant. Mon trou d’origine n’a pas de fac. Comme je dois y aller, à la fac, vu que j’ai le bac, mes vieux me louent neuf mètres carrés sur la côte, là où l’infini me nargue. Je m’en fous, je reste cloîtré. J’installe mon musée des objets intérieurs en exposition permanente. Plus besoin de les cacher.Je choisis les concours administratifs. La voie de garage, disent certains. J’y vois l’espoir d’avoir un bureau pour moi tout seul, avec une porte et une clef. Pour cela, il faut être chef. Alors je lis des livres. »
p. 17
Découvrez ici d'autres extraits dePhare intérieur, de Thierry Moral.

«  tu aimes le thé mon bébé, c’est bon le thé, hum miam miam le thé »

« tu dis « maman range ta chambre », « maman va à la boulangerie », « on y va », « maman est sortie », « bouh, il fait drôlement froid dehors, maman va faire vite, ne t’inquiète pas mon bébé », t’as beau savoir que ma flotte est toujours à la même température, tu continues, « heureusement que maman s’est bien couverte », « ça y est, maman est rentrée », « maman enlève son manteau », « il fait chaud dans la maison, ça change avec dehors, hein mon bébé », comme si t’avais toujours pas compris le truc de la température, « maman va se préparer un bon thé déthéiné, tu aimes le thé mon bébé, c’est bon le thé, hum miam miam le thé, et le pain que maman est allée acheter à la boulangerie, tu veux goûter ? hum miam miam le pain, on ira ensemble quand tu seras là, hein ma pupuce », faut pas s’étonner après que je dorme autant, « allez maman va faire couler un bon bain maintenant », « c’est prêt », « maman va prendre son bain », tu me demandes si c’est pas trop chaud « c’est pas trop chaud ma pe…

Cartons jaunes !

Les petits derniers sont arrivés hier :

Journal d’un fœtus, de Benjamin TaïebPhare intérieur, de Thierry MoralŒil-de-lynxet Bref Séjour chez les morts, de Raymond Penblanc


Il est désormais possible de se les procurer en ligne (ici ou ) en attendant de les voir proliférer sur les tables des libraires (sans les ravissants pois blancs sur fond vert, hélas !).
Pour rappel, Thierry Moral propose une lecture-spectacle de Phare intérieur au Café-Livres, à Lille, le 25 juin à partir de 19 h 30.


Tandis que Benjamin Taïeb honorera de sa présence le stand Lunatique toute la journée du samedi 28 juin au Salon des éditeurs indépendants du Quartier Latin (Lycée Henri-IV (75005 Paris).

Bonne lecture !

«  si elle refusait de se nourrir avec cette obstination c’est qu’elle restait encore terriblement vivante »

« Ne souhaitant communiquer avec personne, il refusa le téléphone. Il était en train de se laisser glisser sur une pente fatale au bout de laquelle il allait continuer à se recroqueviller, redevenir fœtus, tandis que son corps amaigri deviendrait celui d’un vieillard, faisant se télescoper en lui la fin et le commencement. Il avait vu sa mère se tasser sur elle-même au point de disparaître, ne mangeant plus, ne buvant plus, ne parlant plus, ne pleurant même plus. Seuls ses yeux vivaient. La petite cuiller qui venait buter contre les lèvres closes semblant signifier que si elle refusait de se nourrir avec cette obstination c’est qu’elle restait encore terriblement vivante. Il renvoya la nourriture, prétendant ne plus pouvoir mâcher. On la lui resservit mixée. »p. 13
Découvrez ici d'autres extraits de Bref Séjour chez les morts, de Raymond Penblanc.

«  Et comme elle rit, ses seins tressautent. »

« Il n’ose l’attraper par l’épaule, ou par la taille, comme le font les grands, les affranchis. Ce geste de possession lui répugne. Il hésite à lui saisir la main, c’est un peu puéril et d’ailleurs trop tôt. Les musiques, les stridences, les détonations, les lumières et les couleurs l’aveuglent et l’assourdissent, il songe au Big Bang et se prendrait volontiers pour Adam, confiant à Sarah le rôle d’une Ève collée à ses basques au cœur du Paradis terrestre. Il a son idée, sa stratégie, sans démon et sans pomme. Autos tamponneuses pour commencer, chenille ensuite, plusieurs tours à chaque fois. Elle est d’accord, et, comme elle est d’accord, elle rit. Et comme elle rit, ses seins tressautent. Il aime ça. Une main à tendre, des doigts à ouvrir, qu’est-ce qu’il risque ? »p. 16

Découvrez ici d'autres extraits d'Œil-de-lynx, de Raymond Penblanc.

« Alors j’écoute mes poches. Je cherche le silence. »

« Quand ma mère revient de l’hôpital, c’est bruyant. À cause de ma petite sœur. Le placard à balais est encombré : poussette, siège enfant pour l’auto, parc pliable, tapis d’éveil. Alors je m’adapte. J’explore un nouveau placard. Mes poches. Mes trois amis m’accompagnent partout. Je suis avec eux dans mes poches. À l’intérieur, Bistouri craque le fond, Pomme bombe le torse, Verlan brille. Chacun a sa place. C’est bien.J’aime le silence. J’aime pas le bruit. Surtout les cris et les pleurs. Ma petite sœur fait du bruit. Depuis son arrivée, le bruit remplit la maison. Invivable. Je sais plus où aller. Alors j’écoute mes poches. Je cherche le silence. »pp. 11/12

Découvrez ici d'autres extraits dePhare intérieur, de Thierry Moral.

«  t’annonces pas une liste de naissance comme ça, tu voudrais surtout pas passer pour une radine »

« tu t’es dit que puisque de toute manière ils allaient te faire un cadeau, autant que ce soit toi qui l’aies choisi, et puis si t’attendais carrément le faire-part de naissance ou que les gens te posent la question de savoir ce que tu veux, ce serait trop tard et ils t’achèteraient des trucs que t’as déjà ou des choses inutiles, c’est obligé, c’est arrivé à plein de tes connaissances, tes amis tu dis, ils ont dû rendre discrètement les trucs qui leur plaisaient pas ou les revendre sur Internet, tout ça parce qu’ils n’ont pas osé demander, bien sûr il faut mettre les formes, t’annonces pas une liste de naissance comme ça, tu voudrais surtout pas passer pour une radine, t’as fait ça en leur annonçant la grossesse, histoire de ne pas perdre de temps, ils sont tellement contents pour toi quand tu leur annonces la nouvelle, ils sont même obligés d’être contents pour toi, et là tu leur glisses le nom du magasin, ils le notent et c’est déjà oublié tellement ils n’en reviennent pas que tu so…

«  Sarah exagère, mais c’est normal, c’est pour ça qu’il l’aime »

« Les étoiles, Sarah connaît. Sa grand-mère, mais aussi la mère et le père de sa grand-mère en ont porté sur leurs manches avant d’être condamnés à brûler comme elles, dont les corps stellaires n’en finissent pas de se consumer dans le grand ciel noir. Selon Sarah, si on mettait bout à bout les corps des six millions de juifs exterminés dans les camps nazis, on aurait de quoi dresser une échelle jusqu’à la lune. Sarah exagère, mais c’est normal, c’est pour ça qu’il l’aime, c’est ça qu’il aime en elle, cet excès, cette chaleur, ce bouillonnement, ce corps pulpeux, ces cheveux drus, cette peau très blanche tavelée de roux, ce concentré de gaz rares dont elle le douche, cette flambée d’alcool qui le rend fou, qui lui fait peur aussi, de quoi le paralyser quand elle est nue, ce qui ne s’est encore jamais produit. »pp. 13/14
Œil-de-lynx, Raymond Penblanc
Par le geste inconscient d’un camarade de classe, Pascal, cinq ans, perd un œil. « Œil-de-lynx vient de naître, avec qui il va devoir s’eff…

«  ... et dans la gorge un goût de fer »

« Il essaya de fermer le poing, mais il avait trop mal au bras. Il essaya de marcher plus vite, mais il avait trop mal aux cuisses. Il éprouvait des picotements sous la plante des pieds et dans les orteils, une bizarre sensation de froid entre les fesses, et dans la gorge un goût de fer. Le lendemain, outre l’aggravation des douleurs lombaires, il lui fallut s’appuyer aux meubles pour se déplacer. Ses jambes ne le soutenaient plus. Les écartant du plus qu’il pouvait, il s’efforça d’élargir son polygone de sustentation. Il titubait. Le surlendemain, il tomba pour la première fois. Il parvint tout de même à se relever. Après une deuxième, puis une troisième chutes, il dut se résoudre à réclamer de l’aide. »p. 9

Une épreuve, un cauchemar. Le corps qui devient pierre. Aussi impossible à vivre qu’à entendre. L’autre corps, le médical, n’en veut pas, cette image le dérange, il la repousse.Fermement. Il préfère « paralysie », évacuant ce que la pierre, pierre de la croix, pierre tombale, pour…

«  Un jour, je dis à mes parents que je veux être prisonnier. Mon métier préféré. »

« J’aime bien être enfermé. J’aimerais bien être un objet. Une boîte de conserve, une minerve, un sécateur, une bouillotte. Je sais pas, moi, un truc pas humain. J’aime pas l’espèce humaine et compagnie. J’y comprends rien. Ç’a toujours été comme ça. Pas moyen. Alors je m’adapte. Je m’enferme.À cinq ans, mon placard, c’est ma caisse à jouets. Les objets me fascinent. Ours rassurant, clown farceur, lutin souriant, cheval en plastique. Je leur parle. Mes vieux sont contents. J’ai de l’imagination.Pour être enfermé, faut être isolé. Faut être seul. Faut être entouré d’objets. Les conditions sont réunies. C’est bien.Un jour, je dis à mes parents que je veux être prisonnier. Mon métier préféré. Mais c’est pas un métier. Alors portier. Mais ça n’a pas d’avenir. Or il m’en faut un, d’avenir, pour devenir quelqu’un. »p. 9

Thierry Moral naît à Lille en 1976. Il vit actuellement à Loos, dans une petite maison située entre l’hôpital, le cimetière et la prison. AprèsFred Loram(2012), Phare intérie…

«  t’as gardé un spermatozoïde, tu voulais un témoin du massacre »

« j’arrive pas à croire que ce couillon que t’appelleras bientôt papa ait pu produire quelque deux cents millions de spermatozoïdes en une seule éjaculation, j’en reviens pas qu’un de ses spermatozoïdes ait pu féconder ton ovule, qu’il ait réussi à traverser ton utérus, passer ta glaire cervicale, parcourir ta cavité utérine et ses sécrétions alcalines et loger dans la trompe de Fallope, t’as été généreuse sur ce coup-là, j’veux dire que t’étais vraiment pas obligée de l’accepter ce spermatozoïde, après tout Sodome et Gomorrhe ont été entièrement détruites, le souffre et le feu ont tout rasé, mais toi t’as gardé un spermatozoïde, tu voulais un témoin du massacre appartenant à ce couillon, tu lui as tendu ta croupe, et il t’a montré son importance pendant que tu te demandais s’il y avait bien les deux traits sur le bâtonnet-test, ce serait con si tu t’étais plantée tu te dis »p. 15

Benjamin Taïeb a 35 ans. Il est né à Paris (origines pas catholiques) et vit à Nice, le Ciel soit loué.Il …

« Que voit un aveugle ? Ce que voit un mort. »

« Cette nuit-là, sa tension grimpa à 22, le transformant en une barre de métal chauffée à blanc. Démontée par cette nouvelle attaque, la dragonne appela à la rescousse deux malabars des étages supérieurs. On expédia le malade sur une planète où la lumière ne s’éteignait jamais. C’était là qu’on maintenait en vie les futurs morts, là qu’on les préparait à mourir. La lumière y était aveuglante, trop vive pour des yeux incapables d’abaisser sur eux leurs paupières.On décida de les protéger en lui collant d’office un bandeau noir. Ambiance assurée, de cave, ou de caveau. Que voit un aveugle ? Ce que voit un mort. »°°°°° °°°°° °°°°° °°°°° °°°°°
« Le désir de devenir poisson l’effleura. Il l’avait déjà expérimenté en nageant, sans en tirer aucun profit. Mais ici le manque d’eau rendait plus tangible la rugosité de ses écailles et la viscosité de son ventre. Ses hanches, ses cuisses, son sexe glissaient sous ses doigts. Il avait perdu la représentation de ce que pouvaient constituer ensemble …

« Il s’est contenté de se retourner sur sa chaise et de lui enfoncer la pointe de son stylo dans l’œil. »

« Il a toujours tenu à garder le stylo, un petit Bic bleu à pointe fine, désormais rangé dans le tiroir de son bureau. Pas un talisman, loin de là, mais un témoignage, témoignage cruel qu’il lui arrive aujourd’hui encore d’interroger. Non pour essayer de comprendre. Il n’y a rien à comprendre. Un stylo n’est pas un objet bizarre, un outil compliqué, ça n’est pas non plus un poignard, ou un pistolet. Bien sûr, on peut s’en servir comme d’une sarbacane, et souffler de petites billes qui peuvent faire très mal dès lors qu’elles viennent cingler le visage ou le cou. Franck, le garçon assis devant lui dans la classe, âgé de cinq ans comme lui, n’a pas agi ainsi. Il s’est contenté de se retourner sur sa chaise et de lui enfoncer la pointe de son stylo dans l’œil. »°°°°° °°°°° °°°°° °°°°° °°°°°« Il n’ose l’attraper par l’épaule, ou par la taille, comme le font les grands, les affranchis. Ce geste de possession lui répugne. Il hésite à lui saisir la main, c’est un peu puéril et d’ailleurs tro…

Phare à mineur

« Ils sont trois. Ils sont silencieux. Ils me parlent dans ma tête. Ce sont mes seuls amis. Mes objets intérieurs.Bistouri. C’est lui qui tranche, quand je sais pas choisir. Il est petit et pointu. Il ne revient jamais en arrière.Pomme. C’est elle qui bouffe, quand j’ai pas faim. Elle est ronde et molle. Elle doute toujours.Verlan. C’est lui qui me montre qui je suis. Petit miroir de poche, il ne ment jamais. »
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« Le mercredi, j’aime bien regarder Papa. Enfin, pas lui, ses bêtes. Enfin, pas les bêtes, leurs cages. Celle que je préfère, c’est celle du hamster. Alors il m’en a offert une, de cage. Le problème, c’est qu’il m’a filé un hamster avec. Je suis emmerdé. J’hésite. Puis je tranche. Bistouri s’en charge. Verlan est choqué. Pomme s’en fout. Mes vieux ne captent rien. Je fais la tristesse. Je m’entraîne avec Verlan. Je fais bien la tristesse. Alors mes parents acceptent. J’ai le droit de la garder, la cage. Je suis content. Même si je rentre pas dedans. …

Que Fœtus dans le ventre de ta mère ?

Il y a une vingtaine d’années encore, l’idée qu’un fœtus de six mois était doué de conscience aurait paru aberrante. Aujourd’hui, c’est pour beaucoup un fait reconnu, et Benjamin Taïeb en est même convaincu puisqu’il a choisi un fœtus pour protagoniste de son premier roman.

Le point de départ de Journal d’un fœtus ressemble à un nombril. Seul dans son placenta, sans même un jumeau à qui parler, un foetus soliloque dans un semblant de dialogue avec sa mère : le géniteur qu’il faudra bientôt appeler « papa » ; la quête du prénom, forcément original ; la couleur des rideaux de la chambre ; les phobies alimentaires ; la liste de naissance ; l’haptonomie ; le babillage maternel ; etc. Rien ne lui échappe, tout y passe.Et voilà bien un fœtus qui a la dent dure ! C’est même avec un appétit féroce qu’il croque le portrait de la famille accomplie, cependant loin d’être parfaite — ah ! les grands-parents — confite dans ses idéaux socio-économiques et pétrie de valeurs culturelles bien comme il f…

Viva Pippa

C’est la librairie PIPPA qui est à l’origine, depuis 8 ans maintenant, du Salon de séditeurs indépendants du Quartier Latin qui se déroule le dernier week-end de juin au cœur du Lycée Henri-IV (75005 Paris).

À PROPOS DU SALON« Devenu un des rendez-vous annuels incontournables du Quartier Latin, le Salon des Éditeurs indépendants réunit, chaque année, une centaine de maisons d’édition indépendantes, oeuvrant dans des domaines très divers - beaux livres, littérature, poésie, sciences humaines, voyage, cinéma, jeunesse, bandes dessinées…Organisé par la librairie PIPPA, ce salon, où les éditeurs ne participent que d’une somme symbolique, repose sur la solidarité. Il est l’occasion, pour ces professionnels de l’édition, de présenter au public leurs parutions, de partager leur passion, d’expliquer leur engagement et leurs partis pris professionnels et de faire découvrir de nouveaux auteurs, illustrateurs, créateurs et artistes… Tous travaillent avec la même passion pour sauvegarder leur indé…

Phare away

À l’occasion de la sortie de Phare intérieur, Thierry Moral présentera son dernier livre sous forme de lecture-spectacle, suivi d’une discussion informelle, le 25 juin prochain, à partir de 19 h 30, au Café-Livres(Lille).Possibilité de continuer la rencontre autour d’un repas,
 réservation souhaitée.

Phare intérieur, c’est le carnet secret d’un enfant qui débite son histoire, sans morale, sans espoir. Ce court récit transpire à chaque phrase, à chaque mot, à chaque syllabe assénée, la détermination et la lucidité tranchante d’une personnalité hors du commun, en marge, qui n’aime rien tant que s’enfermer dans l’inconfort de lieux exigus, avec pour seuls compagnons des objets inanimés, triptyque psychique de son échappatoire.Qui est-il ? Un enfant.Que veut-il ? Rien de plus que ce que veut un enfant : se sentir à l’abri des émois et des contrariétés, surtout être écouté, compris, aimé tel qu’il est.
AprèsFred LoramPhare intérieur est la deuxième contribution de Thierry Moral au catalogu…