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Articles

Affichage des articles du août, 2015

« Les couples qu’il croise ou qu’il dépasse sont-ils si heureux vêtus de leur vendredi soir ? »

NocturneLorsqu’il atteint la rue Blanche il prend à droite, mais ces rues ne remplissent pas le vide. Sa tête est une caverne sonore aux peintures indélébiles. Les mêmes dessins et la même figure s’animent au flambeau des regrets. La rue Mansart, puis la rue de Douai. La brume se fait corps conducteur, qui se dépose sur ses vêtements, ses sourcils et ses cheveux, des particules cosmiques remplies de l’énergie du monde immédiat. Aux odeurs de pots d’échappement succède une bourrasque de pains chauds, un homme grignote le quignon d’une baguette au sortir de la boulangerie et le bruit du papier froissé griffe l’air. Les voitures sont plus nombreuses au carrefour de la rue Pigalle. Thomas lève les yeux vers les lumières du Sacré-Cœur auréolé d’hiver puis prend la rue Massé. Il presse le pas maintenant, appelé par ce qu’il sait de l’animation qu’il recherche. L’absence, l’absence est trop lourde à porter dans le silence, les images du corps qu’il habitait trop douloureuses à convoquer. La …

« Les habitués tracent leur route au plus vite et au plus court, distribuent au besoin des coups du coude pour avancer. »

Vendredi 30 août, 16 h 30, niveau 0, accueil TransilienRenan hésite longuement sur l’emplacement de la caisse de livres. Les passagers des grandes lignes sont déjà bien assez chouchoutés comme cela. Ils ont même un piano en libre-service, mais les voyageurs gâtés préfèrent s’en servir comme table à pique-nique. Il se rend à l’étage des trains de banlieue, nommés Transiliens parce que ça fait plus élégant. Renan lâche sa caisse entre deux distributeurs automatiques de billets. Il a l’impression de participer à une opération commando ultra-dangereuse et ça l’amuse beaucoup. Renan s’éloigne vite de la caisse, comme si elle allait exploser telle une valise. Il se poste à bonne distance et attend qu’un lecteur potentiel prenne son Transilien. Le hall est très dense à cette heure-ci. Les habitués tracent leur route au plus vite et au plus court, distribuent au besoin des coups du coude pour avancer. Ils ne baissent pas les yeux et ne voient pas la caisse. Ce sont les badauds bousculés qui s…

"Accept and move on"

Dans ce court roman, Les Murs, qui se lit d’une traite, Stéphanie Braquehais, nous entraîne dans la journée particulière d’une femme en proie au mal de vivre, qui, après un drame, doit tout réapprendre, et, peu à peu, se reconquérir elle-même.Pour cette femme, dont Stéphanie Braquehaisdécortique le mal-être, chaque jour est un combat, une lutte, une éternelle répétition. Impossible de ne pas se battre : quand on est mère de famille, qu’on a des responsabilités, il faut donner le change, préserver les apparences, et rester forte.Son fils est là, réalité immédiate et tangible. Cet enfant auquel elle doit délivrer une terrible nouvelle, ce garçonnet qu’elle ne pourra épargner des vicissitudes d’un monde qui tremble. En s’adressant directement à son héroïne par l’usage du « tu », l’auteur nous donne l’impression de parler un peu d’elle-même autant que de chacun de nous. Cette femme, nous la connaissons. Enfermée dans son corps devenu une prison, comme dans sa tête, où, pour se protéger de…

« les vases grecs, les estampes japonaises, les temples asiatiques, les statues africaines, les mosaïques de Pompéi rappellent que la fesse est le fondement de l’humanité. »

« Si la censure réprouvait l’iconographie de la bagatelle, les vases grecs, les godemichés préhistoriques en défense de phoque, les estampes japonaises, les temples asiatiques, les statues africaines, les mosaïques de Pompéi rappellent que la fesse est le fondement de l’humanité. Une bonne partie de jambes en l’air est bien plus saine que n’importe quel discours perverti. La bagatelle s’achève par une grossesse, alors que le discours se termine en bain de sang. Et c’est au nom de la bonne morale qu’on diffuse des images agressives et sanguinolentes, plutôt que des rotondités mammaires et des fessiers joliment ronds et doux. « Dans les civilisations où la pyramide des âges n’est pas à forte tendance gériatrique, ils copulent à tour de bras et rigolent à s’en faire péter la rate. Les autochtones n’ont pas de quoi remplir leurs gamelles, mais personne n’attend rien du bonheur. Ils savent qu’il n’existe pas. Ils gagnent du temps, eux. Le progrès ne frappera pas demain à leur porte. Donc,…

« Bien sûr, Chloris a été punie »

La première fois, c’était un samedi. Jennifer était au cinéma avec une amie. J’étais en train d’exhumer un vieux carton de livres appartenant à ma tante lorsque la porte d’entrée a claqué. Suivi d’un hurlement :– Qu’est-ce que c’est que ça ? Benjamin ! Viens ici ! Tout de suite !J’ai descendu les marches. Jennifer était cramoisie, le bras tendu vers le salon. – Regarde ce que ta saleté de chat a fait ! Il y en avait partout. Sur le plancher, la commode, le canapé. Des lambeaux de papier peint couleur taupe. Les murs semblaient coupés en deux. Gris en haut et couverts de fleurs noires en bas, là où Chloris avait tout arraché. Jennifer a crié pendant une heure. Puis, elle est allée acheter des rouleaux et me les as tendus sans un mot. J’ai retapissé la pièce en blanc nacré. Bien sûr, Chloris a été punie. Interdiction d’entrer dans le salon. Pas de délicieuse pâtée pendant une semaine. Mais, cela ne l’a pas perturbée. Elle a recommencé.
Les Fleurs noires de Dora, Karine Guiton,
La Vie des…

« Les pierres claquent d’ocre. »

Deux jardinsL’ombre est profonde sous les chênes. Un vieux portail supporte l’exubérante vigueur d’un rosier sauvage. Puis ils atteignent la retenue d’eau naguère utilisée pour la forge. L’homme de raconter l’histoire du lieu à travers les siècles, sa particularité géologique, son exploitation, sa renaissance comme demeure d’agrément. Les feuilles bruissent, les eaux donnent leurs mots. C’est maintenant vers un bras d’eau qu’ils s’avancent, laissant à leur gauche quelques grands bâtiments auréolés d’aralias géants et tapissés d’ampélopsis par endroits rougeoyants, aujourd’hui rénovés pour la location saisonnière. Le guide explique, renseigne, commente. Pascal et Philippe acquiescent, opinent, questionnent, plus attentifs cependant à ce que les frondaisons et les eaux tissent d’atmosphère et de magie. Car, de ses mains souveraines écartant les nuages qui jusque-là ont encombré le ciel apparaît le soleil, et, dans l’offrande de sa lumière, le jardin tout entier se fait lieu rare, espace…

« forme gisante laissée pour morte dans un coin »

Dernier jour de la très belle exposition d'Aurore *U*, à la BergamoThée (Clermont-Ferrand). Et, franchement, ça vaut le détour (même de 650 km, parole de Bretons).
« Savamment disséminées dans l'espace d'exposition de la BergamoThée, ses 'uvres prennent l'apparence de poupées ou de sculptures qui, tour à tour, amusent, agressent, absorbent ou interpellent.Corps déformés par la maternité, forme gisante laissée pour morte dans un coin, femme vénale ou femme exploitée, femme-enfant qui se projette dans le conte… Autant de tableaux qu'Aurore *U* coud délicatement, parfois rehaussés de brillants, de paillettes ou de strass, comme pour sacraliser les blessures de toutes les Femmes. », La Montagne (juillet 2015)


L’élégance du lieu, calme et cosy, se prête à merveille à l’exposition de ces poupées étranges, aussi belles qu'inquiétantes, tantôt drôles, tantôt émouvantes. Un travail exigeant, bannissant toute vanité : un vrai travail d'artiste, soulevant mille et u…

« La poésie disparaît de leurs visages, laissant apparaître dans les plis de leur peau l’ambition et les petits arrangements avec les désirs. »

En quelques grands pas, il est de retour à son poste, se verse une tasse de café et déplie les journaux pour voir si le monde va mieux que la veille. C’est rarement le cas.Heureusement, les clients se donnent le mot pour venir un à un l’empêcher de poursuivre sa lecture. Plus l’heure avance et plus ses clients sont réveillés, à la grande déception de Michel. Leurs rêves de la nuit se décollent en lambeaux. La poésie disparaît de leurs visages, laissant apparaître dans les plis de leur peau l’ambition et les petits arrangements avec les désirs. Alors, les regrets reprennent Michel. Il aurait dû postuler pour être libraire. Un jour, il aurait eu une librairie spécialisée dans le roman. Les clients seraient venus avec des yeux gourmands et des envies plein la bouche. Il les aurait écoutés longtemps, il aurait sorti pour eux des livres des rayons. Ils les auraient palpés ensemble. Michel s’était fait ce film des dizaines de fois. Il n’avait même pas essayé. Au début, il a pensé que c’éta…

Marlene Tissot inaugure Les gens qui écrivent

Les gens qui écrivent se présente... même pas, mais se devine tout nouveau blog littéraire (les premiers articles datent d'à peine quelques jours). Ce que l’on peut en dire, pour l’instant, c’est qu’il démarre plutôt bien, avec un long article entièrement dédié à Marlene Tissot.

MARLÈNE TISSOT : POÉSIE SIMPLEMarlène Tissot semble s’être jetée dans l’écriture en espérant y trouver un lieu pour dire sans enfermement ses désirs et ses fantasmes, ses doutes et ses crises. D’une écriture qui traduit le sentiment, le fait rebondir, l’exhibe puis l’efface au sein de textes qui s’incorporent les uns aux autres et finissent par s’auto-dévorer, elle déploie un univers violent aux mots très fins, comme si, chez elle, un voile retenait difficilement un liquide de tristesse.Œuvre en lambeaux et qui se disperse, depuis une dizaine d’années, en une multitude de textes autonomes parus dans des revues alternatives et fanzines, sous forme de mini-livres, de plaquettes microéditées, de recueils de po…

« Il reste bien la solution de regarder en l’air. »

« Moi, c’est la routine qui m’a tué. Rien à faire. Quand ça ronge un homme, il faut se bouger... Changer d’itinéraire pour se rendre au boulot, au début ça donne l’impression d’être un autre. ça dure trois, quatre rues. Puis arrive l’angle où il faudra tourner à gauche. De toute façon. Et cette façon-là, elle finit par peser. Des tonnes. Il reste bien la solution de regarder en l’air. Là-haut le ciel, les pigeons. Mais, on fout les pieds dans la merde sans s’en rendre compte. »pp. 11/12
Monsieur Ernesto, Saïd Mohamed

«  Comme toute personne s’installant de manière prolongée dans le célibat, j’ai hésité à prendre un chien. »

« Les persifflages et les regards en coin ont persisté une saison ou deux, sans réellement m’affecter. Je continuais à enseigner l’histoire à mes collégiens, trouvant même un certain plaisir à leur dépeindre avec fougue la retraite de Russie, version héroïque de mon naufrage marital. Lier la petite histoire à la grande, c’est une de mes marottes : ça permet de mettre des majuscules aux accidents de la vie.À la longue, les choses sont revenues à la normale. L’air a retrouvé sa composition ordinaire : les molécules d’oxygène qui parvenaient à mes poumons n’étaient plus prémâchées par de mauvaises langues. Comme toute personne s’installant de manière prolongée dans le célibat, j’ai hésité à prendre un chien. J’ai finalement opté pour le jardinage. À défaut de voir grandir mes enfants, je me consolais à l’idée de voir pousser quelque chose qui vînt de moi, ne fût-ce qu’une botte de poireaux. Mes espoirs furent cependant déçus. La première récolte ne donna pas grand-chose, la suivante guèr…

« J’ai donc laissé défiler les images m’abandonnant à leur cruelle félicité. »

La maisonQuand je me suis brusquement réveillé ce matin vers les six heures, dit-il, les images de la maison se sont imposées à moi. Ces images, je ne les ai pas convoquées. Elles étaient là. Ce n’était pas un rêve, non, le réveil a été soudain et à cet instant même j’étais de nouveau dans la maison. C’était à la fois heureux et douloureux. Vous connaissez peut-être ce plaisir ambigu de revoir en pensées des lieux que l’on a aimés. J’ai donc laissé défiler les images m’abandonnant à leur cruelle félicité. Je gare ma voiture dans la rue, juste devant la maison. Je vois la grille et le portail métallique derrière lequel se devine le jardin. Je sonne. J’entends les deux notes de l’interphone, si sonores, si particulières, presque indolentes. Après plusieurs minutes on m’ouvre la porte. Je pénètre dans l’entrée, assez sombre. Le radiateur et son étagère sur laquelle s’accumulent lunettes de soleil et boîtiers de CD est juste à droite, et, par terre, quelques paires de chaussures. Je vois …

« Et jamais un merci. Jamais le plus petit signe de reconnaissance. »

Jérémie Lefebvre n’a peur de rien et retournera, à quelques jours de la rentrée scolaire, à Buchy, pour y signer son roman. Il sera à la librairie Papier et Plumes le 3 octobre, de 9h30 à midi.

Pour fêter la bonne nouvelle, voici un extrait qui vous replongera dans les couloirs du Collège de Buchy :
« Et jamais un merci. Jamais le plus petit signe de reconnaissance. Jamais personne ne prenait le temps, après m’avoir craché dessus et vidé ma trousse dans les waters, de s’attarder une minute pour me dire que c’était gentil de ma part d’endosser le rôle de la serpillère sur laquelle tout le monde s’essuie, qu’ainsi les autres pouvaient dépasser leurs différences pour former un groupe uni et fraternel, que sans moi la 5e 7 se serait divisée en bandes rivales, que les résultats en classe s’en seraient ressentis et que des élèves scolairement fragiles comme Halbout et Fleury se seraient retrouvés handicapés, peut-être même orientés en quatrième technique. Ça n’aurait pas été grand-chose de me…

« ... écrire sur les rencontres, les hasards. »

Léna Ellka habite Paris, et vient de Plouzané. Montparnasse, la gare des Bretons sert de cadre à son deuxième roman.
Trois questions à... Léna Ellka, romancière
Pourquoi ce titre ?Je voulais écrire sur les rencontres, les hasards. J'adore l'univers des gares. C'est un lieu poétique, magique où les gens se croisent. Souvent, je me plais à leur imaginer des vies. Où vont-ils ? Que font-ils ? J'écoute, je renifle... Montparnasse, c'est la gare où l'on arrive depuis Brest, et d'où je pars pour rentrer voir mes parents, qui y habitent toujours.
Une gare synonyme d'aventures aussi pour votre héros, brestois, Renan ?C'est un jeune homme qui rêve d'Inde et de couleurs. Loin du gris des rochers, de la rue de Siam, de la gare de Brest. Il aime la photo, il débarque gare Montparnasse dans l'attente d'un grand voyage. En fait, le voyage va se faire sur place, dans cette gare.À Montparnasse, il redécouvre le gris, différemment. Je crois qu'il faut p…

« seul et heureux de l’être »

« Beaucoup aimé la prestation de monsieur Moral, j'ai eu la chance de l'écouter dans sa lecture de sa nouvelle Phare intérieur.Histoire originale, surprenante comme je les aime. On entre dans le monde de ce petit garçon, qui grandit très vite au fil des mots. c'est un univers où on va jusqu'au bout de son "moi".
Tranquille, il suit son chemin, seul et heureux de l'être, semant quelques âmes par-ci par-là. »Glané sur Babelio