Jeudi je lis

Dans le pavé, les pages. Et quelles pages ! Premier extrait de Esthétique du viol, de Clinquart.
« Violer c’est sale. Violer, rien d’autre. C’est pécher contre l’altérité. Ce n’est pas le désir qui se passe du désir de l’autre, c’est le désir qui veut se rencontrer seul à seul, face à soi-même – aucun talent n’excuse cela, mais ils peuvent tout inventer tout prouver : ici comme ailleurs, c’est meilleur quand c’est sale. Et voici ce qu’il advint. Je viens d’avoir trente-huit ans. La pluie a cessé de tomber, pour la première fois depuis midi, et n’est pas parvenue encore à tout fraîchir. La nuit est belle, elle brille comme un whisky, la jeune femme porte des lunettes noires qui lui donnent à cette heure l’air d’arpenter un vieux thriller. Dans son dos, surplombant le creux des reins, les omoplates très pointues déforment son corsage comme des seins minuscules. Les deux oeufs de cuir de son cul convient le regard à deviner l’anus, des profondeurs serrées, épaisses et silencieuses, tentatrices. Les chevilles enfin sont d’une Reine, fines et dédaigneuses, entre Laguiole et chat siamois. L’entrée du parking luit, promesse obscure, prémisse et opportunité. »

Commentaires