« si elle refusait de se nourrir avec cette obstination c’est qu’elle restait encore terriblement vivante »

« Ne
souhaitant communiquer avec personne, il refusa le téléphone. Il
était en train de se laisser glisser sur une pente fatale au bout de
laquelle il allait continuer à se recroqueviller, redevenir fœtus,
tandis que son corps amaigri deviendrait celui d’un vieillard,
faisant se télescoper en lui la fin et le commencement. Il avait vu
sa mère se tasser sur elle-même au point de disparaître, ne
mangeant plus, ne buvant plus, ne parlant plus, ne pleurant même
plus. Seuls ses yeux vivaient. La petite cuiller qui venait buter
contre les lèvres closes semblant signifier que si elle refusait de
se nourrir avec cette obstination c’est qu’elle restait encore
terriblement vivante. Il renvoya la nourriture, prétendant ne plus
pouvoir mâcher. On la lui resservit mixée. »
p.
13
Découvrez
ici d'autres extraits de Bref Séjour chez les morts, de
Raymond Penblanc.
Commentaires
Enregistrer un commentaire