Pile poils de chien

Il n'y avait pas un chat, ce samedi, au Furet du Nord. Non, pas un chat, mais beaucoup de chiens !

Thierry Moral (auteur) et Bertrand Arnould (illustrateur) dédicaçaient Vie de chien.

Beaucoup de monde, beaucoup de signatures, de dessins,
et de moins en moins d'exemplaires sur la table.

Un grand merci au Furet de Nord de Lille qui nous a accueillis comme des rois,
merci encore à tous ceux et celles qui sont venus à notre rencontre, amis fidèles et lecteurs curieux,
et surtout merci merci à Thierry et Bertrand qui se sont si gentiment prêtés au jeu des dédicaces.

Le soir, le public n'était pas le même, mais tout aussi nombreux pour applaudir Thierry sur scène. C'était molossal !!!

Paris, on arrive ! Exposition, ateliers d'écriture, représentation de Vie de chien, dédicaces, Tagada et bien d'autres choses l'espace de l'autre LIVRE.

Un déconverti béni des anges

Converti au changement
Ne pas toucher un interrupteur le samedi, trier les viandes selon que les animaux ont les pieds fourchus ou fendus, savoir quelle bénédiction faire si l'on voit une montagne, si l'on mange une prune... Pour qui n'est pas versé dans les pratiques religieuses, Ma (dé)conversion au judaïsme de Benjamin Taïeb a tout d’un récit de science-fiction. C'est que la religion lui « tombe dessus », alors qu’il n'est qu’un enfant. S'il porte un nom juif par son père, sa mère ne l'est pas, ce qui l'empêche de faire partie du « peuple élu ». Le narrateur suppose donc que « pour mettre fin à cette contradiction mom père a souhaité que je sois converti au judaïsme ». Mais ceci exige de nombreux sacrifices, de la chair que l'on ampute a l’adoubement par le Consistoire qui régit le culte. Le jeune Benjamin et son frère aîné vont tout donner dans ce parcours initiatique imposé par le père. Mais les « longues années d’endoctrinement assidu » se heurtent à la vie quotidienne. Une volonté du « Dieu jaloux » qui a imaginé pour son peuple « une loi pleine d’interdits qui l'empêchent de frayer avec d'autres peuples ».
Le Consistoire se révèle être un lieu soumis aux variations politiques, et la conversion familiale s’éternise et vire au cauchemar.
La force de cet ouvrage réside dans le sentiment d’étrangeté qui persiste tout au long du récit. La lente désillusion, et le déchirement autour de la figure du père. Ainsi bougent les perspectives, les échappées sociologiques, historiques, et les retours sur soi (avec humour). Mais la (dé)conversion prend du temps. Se raser un samedi n’est toujours pas un geste anodin, réflexe pavlovien se demande l'auteur, « Je le fais, mais l'idée que cela me fut interdit m'effleure l'esprit ». Puis surgit la douleur toujours vivace des humiliations, l'intolérance. Mais également une résilience puisque le narrateur, « juif athée », a su trouver dans la culture juive des mots(ments) qui l'apaisent.
Virginie Mailles Viard
n° 179 - janvier 2017

Toutou, toutou, vous saurez tout sur Vie de chien !

Au lendemain de la parution de Vie de chien, Thierry Moral et Bertrand Arnould étaient invités à l'émission « La Vie des livres » (Radio Plus Douvrin), animée par Christophe Sueur.


Furent évoqués l'origine du projet, la rencontre texte/illustrations, et la meute d'animations qui accompagne joyeusement le livre : spectacle, ateliers d'écriture et/ou d'illustration, rencontres en librairie, expositions...



Dédicaces des auteurs le 21 janvier à partir de 14 h au Furet du Nord
Ce soir-là : représentation de la version théâtrale de Vie de chien, à 20 h à la Barracazem, 38, rue d’Anvers à Lille (7/8 € ; réservations : 09 51 70 09 14 ou barracazem@gmail.com).
Lire aussi le blog de Thierry Moral : http://www.tmorenscene.fr/


et celui de Bertrand Arnould : http://www.poilauxdents.fr/

Et puis, le week-end suivant, nous serons tous les cinq, LunatiqueThierry  Bertrand  le chien et sa niche, à Paris.

immersion dans le poids de la religion et des traditions

Après Journal d'un fœtus (2014) et Une Nuit pour mon oncle (2015), sort dans les librairies, le 17 janvier, la nouvelle « tranche de vie » de Benjamin Taïeb, Ma (dé)conversion au judaïsme, aux éditions Lunatique.
L'auteur a 6 ans lorsque son père décide que son frère et lui devaient se convertir au judaïsme : « si mon père est juif, ma mère n'est pas juive. Or, selon une tradition orale, la religion juive se transmet par la mère. Nous rentrions d'un voyage en Israël, la seule fois que mes parents y ont séjourné. Ils en sont revenus tout illuminés. Mon père a aussitôt décidé de nous convertir au judaïsme – les religieux disent, en verbe transitif « régulariser », car nous étions un peu juifs tout de même –, mon grand frère et moi. Ma mère ne s'y est pas opposée ».
Dans ce récit, Benjamin Taïeb décrit le long parcours de conversion (il avait 14 ans et 9 mois lorsqu'il a finalement effectué son « entrée dans l'Alliance ») qu'il a dû emprunter par une éducation religieuse menée par les rabbins orthodoxes du Consistoire de Paris. Cette « conversion, qui repose essentiellement sur le suivi des prescriptions religieuses, allait graduellement changer [leur] mode de vie ».
En effet, par des anecdotes drôles ou touchantes, l'auteur décrit toutes les règles religieuses auxquelles son frère et lui ont dû se plier. Des règles strictes, pas toujours évidentes à comprendre ou à respecter pour un enfant ou un adolescent. Les règles religieuses les plus visibles, les plus connues sont celles relatives au shabbat (ne rien porter, ne pas utiliser d'électricité...) et aux « prescriptions passablement complexes de la cacherout » : les ruminants aux sabots fendus et aux pieds fourchus sont autorisés, de même que les poissons qui ont des nageoires et des écailles. « Exit la raie, l'esturgeon, l'anguille, le turbot, les fruits de mer, etc. C'est le passage piège pour les amis persuadés, de bonne foi, de respecter votre pratique et de ravir vos papilles avec leur magnifique paella. » Sur ces règles alimentaires, l'auteur se questionne avec humour : « Mais quid de l'espadon qui a des écailles, petit, mais les perd en grandissant ?... ou du saint-pierre qui a parfois de petites écailles, parfois aucune ? » Benjamin Taïeb pointe également les contradictions entre la règle de l'abattage rituel et le respect des animaux dicté par la Torah, poussant de nombreux juifs à devenir végétariens pour rester en accord avec les préceptes religieux.
Peu à peu, il va prendre « conscience que le monde religieux et celui de [ses] aspirations devenaient de plus en plus étanches », jusqu'à son « échappée du carcan familial et religieux », à l'âge de 18 ans. Prenant son « destin en main », il se considère aujourd’hui « comme un juif athée », pratiquant « un ersatz de judaïsme ». « Il y a longtemps que la religion n'appartient plus à mon avenir », explique ainsi l'auteur.
Par la description d'un long parcours vers la conversion puis la « déconversion », ce récit est une immersion dans le poids de la religion et des traditions. Mais, surtout, Benjamin Taïeb y inclut des réflexions poussées, étayées d'auteurs ou d'universitaires, à l'image de Jean-Paul Sartre ou de Shlomo Sand, sur la place des femmes dans la religion, le racisme, la nationalité israélienne et les droits qui y sont associés...
Par P. Prenant
Patriote Côte d'Azur n° 170
Semaine du 13 au 19 janvier 2017

« au cœur de ces montagnes, dans la pénombre du jour naissant »

Dans une poignée de jours paraît Ma (dé)conversion au judaïsme, de Benjamin Taïeb. Il est donc plus que temps de réviser les fondamentaux pour savoir où l'on met les tefillin.

« Assurément, le fait d’avoir juré de respecter tant de serments devant Dieu lors de mon bain rituel a participé de la durabilité de mon implication religieuse. S’agissant de la pose des phylactères toutefois, je n’ai tenu mon engagement que six mois, compte tenu du temps que cela prenait sur mon sommeil, l’enroulement des lanières de cuir se faisant à l’aube et nécessitant, outre la prière, une certaine préparation. Une fois pourtant, je les amenai avec moi dans un centre de vacances, à la montagne. Était-ce parce que je venais d’accéder à la majorité religieuse, encombré de mes fraîches et éternelles promesses du mikvé, brinquebalantes dans mon esprit, ou parce que j’avais dû écouter dans le trajet aller du train-couchettes, à un âge où l’on se promet de faire une nuit blanche mais où tout le monde dort à deux heures du matin, les dizaines de blagues antisémites de ces adolescents bien sous tous rapports, dont celle qui les faisait hurler de rire à propos de la différence entre une pizza et un Juif (cinq minutes de cuisson), et alors que pendant ce même séjour nous visitions un musée dont j’ai oublié le thème mais dans lequel était encadrée et bien mise en évidence une photographie de Pétain, était-ce pour cela que je mettais tous les matins, dans une chambre partagée par des non-Juifs, mes tefillin ? Toujours est-il que l’on peut imaginer l’allure que j’avais, au cœur de ces montagnes, dans la pénombre du jour naissant, à quinze ans, avec mon châle de prière et mes lanières de cuir serrées fort autour du bras (sachant que le silence est de mise pendant la pose des phylactères), faisant ma prière à voix basse, devant les lits superposés et la mine ahurie de mes camarades de chambrée qui s’apprêtaient à partir pour leur petit déjeuner, avant de faire de la randonnée, du VTT ou du ski sur herbe. »
pp. 116/117

« la langue et le corps, aux frontières de la folie »

Mélanie Leblanc avait, en juin dernier, interviewé Perrine Le Querrec.
   
Retour, aujourd'hui, sur la lecture qu'elle avait faite de son roman :
Avec L’Apparition, publié chez Lunatique, Perrine Le Querrec poursuit son travail sur la langue et le corps, aux frontières de la folie. Comme pour chacun de ses romans, elle part d’une histoire réelle sur laquelle elle s’est intensément documentée, fidèle en cela à son travail de recherchiste. Après l’univers de la Salpêtrière au XIXe, celui d’un paysan schizophrène du Béarn dans les années 60 ou d’une femme victime de tournantes à une époque plus récente, Perrine Le Querrec explore l’univers d’un petit village espagnol, Garabandal, dont l’histoire a été bouleversée par des phénomènes d’apparition.
Trois jeunes filles, Petra, Piera, Pierette, ont des apparitions, tombent en transe ; leur corps devient dur comme la pierre que leurs prénoms suggèrent. Après le doute, vient la ruée vers ce village de montagne, avec la folie qui l’accompagne. Ce livre n’a rien d’un livre mystique ou à l’inverse d’une analyse rationnelle de ces phénomènes. Il questionne la langue et en cela, même s’il s’apparente à un roman, il est aussi un long poème. Quel langage trouve le corps quand il est empêché ? Ces jeunes filles ont les montagnes qui barrent l’horizon et empêchent tout possible : « Emmuré dehors chaque enfant d’Ici-Bas, moi la première. Mon corps se rebelle pour moi, saigne, demande. » La puissance symbolique de l’espace est marquée par les déictiques en majuscule : Ici-Bas, les Alentours, Au-Delà, Enface. Les apparitions une façon d’entrer dans « la vaste clairière de l’ouvert », d’exister, de déplacer les montagnes : « Le Christ penché sur la croix, je décide de l’entendre et de me mettre à exister (…) Deviendrais-je visible à force d’apparition ? » dit Petra dans le chapitre intitulé « L’approche ». La voix de chacune des jeunes filles se fait entendre dans ce chapitre, à la première personne, puis plus rarement lors du chapitre suivant, « L’Ascension », alors qu’elles deviennent objet, soumises aux regards, aux flashes et aux diverses expériences pour vérifier le miracle. Cette polyphonie fait place, dans le dernier chapitre, à la grande voix qui domine ce livre : celle de Létroit. Il est le marginal de ce village, le bossu, fils d’une femme bannie pour avoir couché avec l’ennemi. Lui qu’on dit fou est le seul à les protéger de la folie de tous, à faire barrière de son corps contre la foule. « L’étroit ce qu’il veut c’est le calme un peu de calme rien d’autre que le calme revenu, les enfants libres (…) ». Pour dire cet homme, Perrine Le Querrec fait entendre sa langue, donnant raison à Roland Barthes : « Celui qui écrit est ce mystère : un locuteur qui écoute. » Avec la particularité de parvenir à écouter-parler une voix que l’on n’entend pas habituellement et qui ici nous parvient. Une prouesse d’écriture qui rappelle celle du Plancher, avec la particularité de penser la langue :
« des gouffres des sommets des gouffres des sommets
quelle langue ?
tu me dures Piera parles mouvementé croîs décrois
Létrois
je suis tu me regardes
(…)
moi ton verbe
Ta langue qui claque claque tes mots qui dddd qui Ma Ma Ma qui rrr rrrr rrrr o a oa a o a oa a Piera ces gens ici ils noircissent le paysage ma montagne »
Ainsi, par la langue, ce livre interroge la marge et les rapports entre les faibles et les puissants. Ces rapports existent à tous les niveaux : Ici-Bas vs Enface, locaux vs touristes, enfants vs parents, jeunes filles vs adultes, sains d’esprit vs fous. A tous les niveaux, les trois fillettes, faibles parmi les faibles, suscitent un renversement, en forme d’apothéose avec le monologue final de Létroit. Un renversement qui ouvre les possibles, donne du souffle à ce livre et devient source de beauté :
« Il faudra bien aussi que ceux qui meurent de faim obtiennent leur rassasiement, que les puissants qui les dévorèrent si longtemps sachent à leur tour ce que c’est que le hurlement des intestins. Il faudra. Que les grands descendent que les petites montent. Il faut. Que la tradition des vainqueurs revienne aux vaincus. Faut. Le dérangement des habitudes la mise à mort de la normalité. Ecoute. Les divagations du peuple. Le sursaut du merveilleux. Amarre-toi. Le monde à l’envers. Ce qu’il a de plus beau. »

Il francese perso

Jérémie Lefebvre est né avec un stylo dans une main et une guitare dans l'autre. Ce qui a donné jusqu'à présent des romans (Danse avec Jésus, et Le Collège de Buchy) et des compositions musicales. Et puis, l'idée a fait son chemin - et tout le monde sait que tous les chemins mènent à Rome -; aussi, mêlant enfin ses deux talents d'écrivain et de musicien, Jérémie se lance dans la chanson et a choisi la variété italienne.
Pour vous donner une idée :
Et là le making-off du premier clip tiré de l'album :

Si ça vous chante ou vous enchante, vous pouvez tilter :
... et si vous ne pouvez pas, Jérémie a promis de continuer quand même à bien vous aimer !

Et qui dit variété italienne, dit musique de fond dans une librairie sarde (si si !). Alors, on pousse la porte d'Une Librairie en pays hostile, de Michaël Uras, et on se régale d'un nouvel extrait :
5 juin 1981
Maurizio, j’ai mis du temps pour t’écrire car j’ai été bien occupé. Fulvio m’a engagé dans son entreprise, je suis peintre à présent. C’est un métier intéressant mais difficile.
PS : j’ai acheté ton livre, l’homme sans qualification de Robert Musil, je n’ai rien compris. Au bout de trente pages, j’ai renoncé. Je suis trop fatigué en rentrant du travail.
p. 13