« En même temps que le passé de La Mère refaisait surface, dans le silence de l’écriture retrouvé, le mien. »

   

Paru le 21 septembre 2024
260 pages, 24 €

En enterrant La Mère, j’enterrais l’enfant que je n’aurais jamais été — ou jamais réussi à ne plus être. Quand on vit une enfance dans l’alerte, en pensant que sa survie en dépend, on garde des réflexes en mémoire. Cette saleté d’enfance dont on ne peut plus se départir vous colle à la peau. Et il faut l’arracher lambeau après lambeau, en mettant les chairs à vif, si on veut la quitter et ne pas se reprendre l’ornière de ses géniteurs.

En même temps que le passé de La Mère refaisait surface, dans le silence de l’écriture retrouvé, le mien. Je lui avais tourné le dos, comme on s’éloigne des côtes pour regarder à perte de vue vers l’océan et l’inconnu que l’on sait exister par-delà les mers depuis que la Terre est ronde, même si à nouveau d’insanes crétins doutent encore de sa rotondité. Ces terres familiales, je ne les connaissais que trop et savais qu’immanquablement elles me ramèneraient dans la bauge des premières heures de l’enfance et de ses terreurs.

Chaque jour s’attendre à voir succomber La Mère sous les coups du Père devenu alcoolique, poussé dans ses retranchements par la furie de La Mère, qui aurait rendu dingue le plus placide des honnêtes hommes. Ce théâtre des grandes personnes, je ne pouvais l’enterrer qu’en riant, joyeux de cette délivrance.

pp. 158-159


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