« Qu’est-ce qui [nous] emprisonne le plus dans [nos] vie ? », telle est la question que pose ce roman résolument anticonformiste et détonnant, au ton plutôt caustique.
Un récit à la première personne dont la première partie est écrite sous forme de journal par Fred Loram. Il vient de sortir du centre pénitentiaire de Saint-Brieuc, après avoir purgé une peine de quatre ans. Il se qualifie lui-même « d’ex-taulard-antiréinsertion ». Il aime Slayer et Motorhead, une revigorante « motivation musicale ». Il revient s’installer dans les lieux de son enfance, dans ce « patelin […] aux mains des fachos » (p. 87) désormais. Il y rencontre, entre autres, Samir, un comédien en résidence d’écriture sur la presqu’île « au fin fond de la Bretagne », « [son] but [étant] d’écrire un monologue sur le thème de l’isolement » (p. 17).
Dans la seconde partie, Fred se rend à Paris « où l’on joue sa vie au lieu de la vivre » (p. 117), avec un ferme, mais encore imprécis « besoin d’agir » (p. 115). Il prend aussi des notes qui « oscille[nt] entre plan d’action, états d’âme et mémoire d’un ex-taulard en semi-cavale. » (p. 129), car « Quand c’est jeté sur le papier, ça tourne moins dans la tête. » (p. 114).
Dans la troisième partie, son errance conduit Fred dans « le Grand Nord » à la rencontre d’individus divers, plus ou moins révoltés. Il est en situation de précarité, mais néanmoins un exemple de dignité humaine.
Si mon compte est bon, c’est le dix-huitième livre de Thierry Moral que je lis et je ne m’en lasse pas. Il a une vraie capacité à surprendre par ses trames narratives (ou poétiques) tout en mettant à l’honneur ses thèmes favoris, ceux liés à la société en manque de repères et de démocratie. Il a aussi la grande force de nous laisser trancher et de ne proposer, sans concession, que des avis éclairés. « Donner un avis, oui, mais armé d’arguments solides, concrets, réels. » (p. 106). Là encore on découvre de véritables études sociologiques ancrées dans une vérité fictionnelle, mais tellement vivante, avec cette irrépressible envie, qui va crescendo, de découvrir le fin mot de l’histoire.
Chronique cueillie sur le site Babelio

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