UNE POÉSIE DE VAGABONDS de Jean-Claude Leroy
Jean-Claude Leroy est dissipé. La poésie de Nanao Sakaki (1923-2008) n'y est pas pour rien. Et on le comprend lorsqu'on lit en épigraphe ces deux vers du Japonais : « Quand ton nombril se met à rire / tu es une chanson. » Tirés de Casse le miroir (Mai hors saison, 1990), le premier livre du poète japonais de la Beat Generation traduit en français, ils indiquent assez simplement l'attrait qu'exerce la poésie de Sakaki. Tout à la fois apôtre de la marche-à-pied, poète zen et fondateur, à Tokyo, de l'Académie des Clochards. Un philosophe en somme, renouant avec la tradition des poètes vagabonds de son archipel. Jean-Claude Leroy s'est laissé aller sur la même pente et son recueil, Dissipation, le démontre. On ne peut plus rien faire pour lui : il s'est dissout. « comme j'étais triste et démuni / j’ai lu les poèmes de Nanao / et j'ai retrouvé le sourire. » En Petit Scarabée du maître zen, Leroy se déprend de l'être et du monde. « couché de bonne heure / ma carcasse invente des prières / et des moutons/ (j'ai vérifié) / la nuit tardive me prend au collet / recru de fatigue / je fais le tour du monde / en quelques heures / le jour ne se lève pas / il tombe comme une averse / affûtée de lumière / je fais des signes aux nuages / mon voisin m'observe / il me prend pour un fou ! mais les fous, ça n'existe pas. » L’œuvre complète de Nanao Sakaki existe, elle, en revanche. Elle a paru en 2024 aux éditions Érès dans une traduction de l'anglais, par Danièle Faugeras (Comment vivre sur la planète Terre), tandis qu'Héros-Limite donnait Aller léger (traduction Jérôme Dumont, 2024), avec une préface de Gary Snyder. Comme l’écrivait Nanao, « Pour voyager léger / Pourquoi ne laisserais-tu pas / Ton crâne ici ? » Et c'est ce que l'on fait ici même. Couic.
Éric Dussert, Le Matricule des anges n°270 (février 2026)


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